Test du Nikon Z 800mm f/6.3 VR S en photo animalière
Le Nikon Z 800mm f/6.3 VR S rend le 800mm portable, mais ce gain de poids impose des compromis bien réels.
Pourquoi le 800mm est une focale mythique en photo animalière
Le 800mm, en photo animalière, c’est une focale à part. Quand vous photographiez des oiseaux, ou plus largement de petits sujets éloignés, elle permet de remplir le cadre sans devoir vous rapprocher. Et en animalier, la distance est souvent le vrai problème.
Sur des mammifères plus gros, l’intérêt change. On ne cherche pas forcément à montrer l’animal entier dans son environnement. À 800mm, un bison peut devenir un portrait, une ligne de poils, un œil, un comportement. La focale transforme le sujet en détail.
Il y a aussi un enjeu de respect. Avec une très longue focale, on reste loin des animaux craintifs, des oiseaux sensibles ou des espèces qu’il ne faut pas déranger à certaines périodes. Un 800mm permet de limiter son impact tout en continuant à photographier.
Historiquement, le 800mm voulait aussi dire autre chose :
- un objectif à plus de 15 000 €, parfois beaucoup plus ;
- un trépied ou au minimum un monopode presque obligatoire ;
- un encombrement énorme ;
- une vraie condition physique pour tenir plusieurs heures avec l’ensemble.

L’ancien Nikon 800mm f/5.6, c’était 4,6 kg et le prix d’une voiture. Enfin, d’une voiture d’occasion. Et encore, une voiture d’occasion d’il y a quelques années, parce que le marché de l’occasion automobile est devenu n’importe quoi.
Avec le Nikkor Z 800mm f/6.3 VR S, Nikon propose autre chose : un 800mm fixe, S-Line, stabilisé, beaucoup moins lourd, beaucoup moins cher que l’ancien modèle, et pensé pour être utilisé sur le terrain sans transformer chaque sortie en déménagement.
Le vrai sujet du Nikon Z 800mm f/6.3 VR S : le compromis PF
Je ne vais pas faire durer artificiellement le suspense : optiquement, ce 800mm est excellent. C’est une focale fixe S-Line Nikon. Évidemment qu’il est bon. Le sujet n’est pas vraiment de savoir s’il est bon ou mauvais.
Le vrai sujet, c’est le compromis.
Dans le cas de ce 800mm, deux points méritaient une attention particulière :
- l’ouverture f/6.3, qui n’est pas très lumineuse pour de l’animalier exigeant ;
- le rendu optique lié à la technologie PF, notamment dans certaines situations de lumière et de contre-jour.
Ce que je voulais comprendre, ce n’était donc pas seulement si le 800mm Nikon pique. C’était plutôt : est-ce que ce qu’on sacrifie pour pouvoir tenir 800mm à main levée correspond à une vraie pratique de terrain ?

Poids, encombrement et portage : 2,4 kg, mais pas une optique légère
La promesse des 2,4 kg, c’est l’utilisation à main levée. Et c’est exactement comme ça que j’ai travaillé pendant ce test. Pas de trépied. Pas de monopode. J’ai porté l’objectif, je l’ai levé, j’ai visé et j’ai photographié à main levée.

Donc oui, c’est possible. Mais il faut être clair : 2,4 kg, c’est léger pour un 800mm, pas léger dans l’absolu.
J’ai commencé avec le Nikon Z9 dans les Alpes-Maritimes, notamment sur les bisons. Le Z9 est mon boîtier de cœur, celui dans lequel j’ai le plus confiance. L’équilibre avec le 800mm est bon, je n’ai pas grand-chose à lui reprocher sur ce point. Mais après plusieurs heures, j’ai commencé à sentir le poids.
Ce n’est pas parce que l’objectif est lourd pour sa catégorie. Il ne l’est pas. C’est simplement parce que 2,4 kg d’objectif plus un Z9, ça reste un ensemble imposant à garder à bout de bras pendant une longue sortie.
Pour les sessions suivantes, notamment en Camargue, je suis passé au Nikon Z8. L’équilibre reste bon, mais l’ensemble est plus léger, et au bout de plusieurs heures, cette différence compte vraiment.
Des dimensions qui restent énormes
En dimensions, le 800mm mesure environ 38 cm de long pour 14 cm de diamètre. Mais il faut ajouter le pare-soleil. Avec lui, on passe à environ 56 cm de long et 17 cm de diamètre. Avec la protection, le diamètre tourne autour de 17,5 cm.

Autrement dit, même si l’objectif est léger pour sa focale, il reste énorme. Dans ma configuration, il ne rentre pas dans un sac photo normal. Le problème n’est pas seulement la longueur, c’est surtout le diamètre du pare-soleil et de sa protection.
Il y a donc deux solutions :
- avoir un sac prévu pour les super téléobjectifs ;
- ou porter l’objectif à la main pendant la marche d’approche.
Je n’avais pas de sac adapté, donc j’ai choisi la deuxième solution. Et en billebaude, ce n’est pas forcément un défaut. Si l’appareil est dans le sac, il ne sert pas. Un animal peut surgir au détour d’un arbre, d’un buisson ou d’un chemin. Si le 800mm est déjà à la main, vous pouvez réagir.

Pour le portage, j’ai surtout utilisé deux méthodes. La première consiste à tenir l’objectif par le collier de pied, comme une grosse poignée. La seconde consiste à le porter contre soi, un peu comme un militaire porterait un FAMAS. C’est visuellement un peu ridicule quand on croise des randonneurs, mais c’est ce que j’ai trouvé de plus confortable pour reposer les bras.

La technique « militaire » pour porter son matériel photo.
Nikon 800mm f/6.3 vs Nikon 180-600mm : deux logiques très différentes
Pour donner un point de comparaison, j’utilise beaucoup le Nikon 180-600mm. Lui aussi est déjà hors gabarit pour beaucoup de sacs, mais il reste plus simple à transporter. Il est moins large, il peut passer sur un Capture Clip Peak Design, et globalement on fatigue moins vite.

Différence de taille entre le 180-600mm et le 800mm PF de Nikon.
Le 800mm f/6.3 VR S est beaucoup plus spécialisé. Il est mobile, oui, mais il n’est ni discret, ni polyvalent, ni facile à vivre comme un zoom. On gagne une vraie portée native, mais on entre clairement dans le monde des super téléobjectifs.
C’est un point important, parce que la fiche technique peut faire croire à une optique presque légère. Elle est légère pour ce qu’elle est. Mais ce qu’elle est, c’est un 800mm.
Ergonomie : Nikon a bien pensé le terrain, avec deux irritants
Sur un super téléobjectif censé être utilisé à main levée, l’ergonomie est centrale. Ici, Nikon a mis beaucoup de bonnes idées.
Memory Set, L-Fn et commandes autour du fût
Le bouton Memory Set permet d’enregistrer une distance de mise au point, puis d’y revenir instantanément avec les boutons L-Fn2. En affût, c’est très pratique. Vous repérez un perchoir principal, vous faites la mise au point dessus, vous enregistrez la distance, puis vous pouvez chercher ailleurs. Si un oiseau revient sur ce perchoir, vous appuyez sur le bouton et l’objectif revient directement à la distance mémorisée.

Les boutons L-Fn et L-Fn2 sont bien placés. Les L-Fn2 entourent l’avant de l’objectif, ce qui permet de les atteindre en cadrage horizontal comme vertical. On peut leur assigner différentes fonctions selon sa manière de photographier.

Il y a aussi une bague de réglage programmable. Sur beaucoup d’optiques Nikon Z, cette bague me frustre parce qu’elle est trop facile à bouger par accident. Ici, elle est plus dure et mieux gérée. En affût, je pourrais lui assigner une fonction. En billebaude, je préfère souvent la désactiver, parce qu’avec un objectif aussi gros, on finit toujours par toucher des choses sans s’en rendre compte.
Filtre arrière, collier de pied et portage
Autre détail intéressant : le logement de filtre arrière en 46 mm. On peut y mettre un filtre ND classique. Si vous voulez utiliser un filtre variable réglable depuis l’extérieur, il faut en revanche l’accessoire Nikon dédié. Pour la vidéo, c’est bon à savoir. Dans mon cas, j’ai réussi à filmer sans ND, notamment en slow motion et parfois en fermant un peu l’ouverture.

Le porte filtre de 46mm.
Le collier de pied est large, solide, avec deux pas de vis pour une platine. Il tourne, il peut servir à accrocher une sangle, et il devient surtout une vraie poignée de portage. Sur le terrain, je l’ai utilisé en permanence comme ça.

La bague de focus et le pare-soleil
Tout n’est pas parfait. La première chose qui m’a gêné, c’est la bague de focus. Je la trouve trop proche du boîtier. Sur un objectif aussi long, venir la manipuler peut induire des tremblements. J’aurais préféré l’avoir un peu plus loin, pour guider l’autofocus plus confortablement.
Deuxième point : le pare-soleil. Il est grand, c’est normal et nécessaire, mais son système de verrouillage aurait mérité d’être plus ferme. Je l’ai fait tomber ou presque tomber plusieurs fois pendant mes sorties. Sur une optique à ce prix-là, j’aurais aimé un lock plus rassurant.
Globalement, l’ergonomie est très bonne. Mais sur un objectif que l’on manipule pendant plusieurs heures, ce sont les petits détails qui font la différence.
Autofocus du Nikon Z 800mm f/6.3 VR S : rapide, mais pas magique
Sur l’autofocus, je suis partagé. J’ai principalement utilisé les modes de détection oiseaux et animaux, soit avec la détection AF, soit en suivi 3D selon les situations.

Dans les cas simples, ça marche très bien. Un oiseau sur ciel bleu, ou un animal sur un fond pas trop chargé, c’est le scénario idéal. L’autofocus accroche vite, suit bien, et ne pose pas de problème particulier.


Si vous commencez à suivre un oiseau sur un fond simple et qu’il passe ensuite devant un fond plus complexe, l’ensemble boîtier plus objectif peut continuer à le suivre correctement. La difficulté arrive surtout quand le sujet est déjà devant un fond complexe.
Par exemple : un oiseau devant des arbres, ou pire, un oiseau dans un arbre avec des branches légèrement devant lui. Dans ces situations, l’autofocus peut patiner. Et même si la box semble être sur l’oiseau, la mise au point peut se faire sur la branche devant.
Je ne pense pas que ce soit un problème mécanique de l’objectif. La détection des oiseaux et des animaux vient surtout du boîtier. L’objectif apporte la vitesse, la précision mécanique et le silence de ses moteurs.
Chez Nikon, la détection humaine est très bonne, mais la détection animal et oiseaux n’a jamais été le point le plus fort face à la concurrence. À 400 ou 600mm, les petites erreurs se voient moins. À 800mm, elles deviennent beaucoup plus visibles.
La parade, c’est d’utiliser la bague de focus pour guider le système. Quand l’AF prend la branche devant, je tourne légèrement la bague, je rapproche la mise au point du sujet, j’utilise le focus peaking si besoin, puis je laisse l’autofocus finir le travail. Et ça fonctionne.
C’est aussi rendu possible parce que l’objectif reste relativement léger pour sa focale. Sur un 800mm beaucoup plus lourd, faire ce genre d’ajustement à main levée serait plus pénible.
L’autre limite, c’est la distance proche. L’objectif peut faire la mise au point à partir de 5 m, mais entre 5 et 10 m, j’ai trouvé qu’il patinait davantage. Il a tendance à vouloir partir chercher plus loin. Si vous voulez faire le point sur un sujet proche, il faut souvent l’aider manuellement.
Heureusement, au-delà de 10 m, la réactivité est excellente. Quand on lui demande de faire le point sur une zone claire, il y va vite. L’AF est rapide, silencieux, et l’objectif ne donne pas l’impression de brider le boîtier.
Mon avis tient donc en quatre points :
- l’objectif est très véloce ;
- les moteurs sont bons ;
- le suivi dépend beaucoup du boîtier ;
- les fonds complexes, les branches et la courte distance restent difficiles.
Avec les prochaines générations de boîtiers Nikon, ou de futures mises à jour firmware, ce 800mm devrait même pouvoir encore mieux s’exprimer.
Ouverture f/6.3 : exploitable, mais pas confortable partout
f/6.3, ce n’est pas une grande ouverture. Sur le papier, ça me faisait peur pour deux raisons : le détachement du sujet et le manque de lumière.
Pour le détachement, je suis plutôt rassuré. À 800mm, la focale compresse énormément les perspectives. Même sans ouverture très lumineuse, le sujet peut naturellement se détacher du fond.
Voilà des exemples de photos avec un sujet détaché :
Si le fond est loin, il devient rapidement doux et uni. Si plusieurs animaux sont décalés dans la profondeur, on peut avoir un sujet net et les autres flous, même à f/6.3.
Ce n’est pas le rendu d’un 400mm f/2.8. Ce n’est pas non plus exactement le rendu d’un 800mm f/5.6. Mais ça reste très exploitable.
Le vrai problème, pour moi, c’est davantage la lumière. Si on applique la règle classique de sécurité, on pourrait se dire qu’à 800mm, il faut shooter autour de 1/1600s pour éviter le flou de bougé. À f/6.3, ça veut dire monter vite en ISO, surtout le matin, le soir ou en sous-bois.
Sur Z8 et Z9, ce n’est pas dramatique. Ces boîtiers encaissent bien la montée en ISO, et les outils de réduction du bruit dans Lightroom ou Capture One sont devenus très puissants.
Mais il ne faut pas se mentir : si votre pratique principale, c’est le sous-bois, le brame du cerf à la première lueur ou les ambiances très sombres, f/6.3 va vous limiter. Ce n’est pas impossible. Ce n’est simplement pas l’outil le plus confortable pour ça.
Stabilisation photo : indispensable à main levée
Nikon annonce 5,5 stops de stabilisation. Sur cette optique, on est très content de les avoir.
Mais il faut rappeler une chose : la stabilisation stabilise l’image, pas vos bras. L’objectif reste gros. Le boîtier reste lourd. Vous allez trembler. Et après plusieurs heures, vous allez trembler encore plus.
En pratique, la stabilisation est indispensable. Elle permet de viser correctement à main levée, de garder le sujet dans le cadre, et de descendre beaucoup plus bas en vitesse sur des sujets fixes.
Pendant le test, j’ai obtenu des images exploitables à main levée à plusieurs vitesses :
- autour de 1/500s ;
- 1/250s ;
- 1/125s ;
- et même 1/60s sur sujet fixe.

Sur sujet fixe, on peut donc descendre beaucoup plus bas que ce que la focale laisserait imaginer. Attention en revanche : si le sujet bouge, la stabilisation ne change rien au mouvement du sujet. Un oiseau en vol photographié à 1/250s sera flou non pas parce que vous avez bougé, mais parce que l’oiseau bouge.

La stabilisation sert surtout à deux choses : faciliter la visée et éviter le flou de bougé du photographe sur sujet fixe ou peu mobile.
Mon conseil pratique : respirer comme au tir. Vous expirez doucement, vous stabilisez votre posture, vous retenez légèrement au moment du déclenchement, et vous shootez. Ça paraît idiot, mais avec 800mm à main levée, ça aide vraiment.
Stabilisation vidéo : le 800mm reste violent
En photo, la stabilisation est indispensable et très utile. En vidéo, c’est plus compliqué.
À 800mm, l’angle de vue est tellement étroit que le moindre tremblement devient visible. Si vous filmez à vitesse normale, à main levée, sans support, le résultat peut vite devenir difficile à exploiter.
En slow motion, en revanche, ça devient intéressant. Sur des plans courts, des inserts, des micro-mouvements, des détails d’animaux ou des plans de coupe, on peut obtenir de très belles images à main levée. Le ralenti absorbe une partie des tremblements, et la portée du 800mm donne un angle de vue très spectaculaire.
Dès que je pouvais, je posais quand même l’objectif : sur une rambarde, sur un sac, contre ma jambe, sur le bord d’un affût. Dès que vous donnez un point d’appui à ce 800mm, il devient beaucoup plus agréable en vidéo.

Ma conclusion vidéo sur la stabilisation est simple :
- en photo, elle est indispensable et très efficace ;
- en vidéo à main levée normale, elle ne suffit pas ;
- en slow motion sur plans courts, elle permet des inserts très propres ;
- pour travailler confortablement, il faut un trépied, un monopode ou un support improvisé.
Piqué du Nikon Z 800mm f/6.3 VR S : excellent, mais pas invincible
Optiquement, le 800mm est excellent. Au centre, dès la pleine ouverture à f/6.3, le piqué est très bon. Sur mire, le niveau de détail est déjà là. En fermant, on reste sur un très haut niveau de qualité sur les ouvertures utiles.

La dégradation arrive surtout aux très petites ouvertures, notamment vers f/20 ou f/25, mais ce ne sont pas des ouvertures que l’on utilise tous les jours avec un 800mm.
Ce qui m’a le plus impressionné, c’est le comportement sur les bords. Ils sont déjà très bons à pleine ouverture. Sur une optique aussi longue, aussi légère, avec cette technologie PF, c’est vraiment solide.
Sur le terrain, ça se voit. Quand on zoome dans les photos, on retrouve beaucoup de détail dans les plumes, les yeux, les becs, les poils et les textures. On sent que l’objectif a un vrai potentiel de résolution.
Donc si une photo est molle, il ne faut pas accuser trop vite l’optique. Et c’est justement ce qui m’est arrivé au début.
Vignettage : presque un non-sujet
Le vignettage est quasiment un non-sujet. À f/6.3, il y en a un peu, mais rien de dramatique. À f/8, il diminue déjà beaucoup. À f/10, il devient quasiment invisible. Ensuite, il disparaît pratiquement.
Et de toute façon, c’est le genre de correction qui se fait très facilement en postproduction. Ce n’est pas un point qui doit peser lourd dans la décision d’achat.
La vraie limite à 800mm : turbulence de l’air et chaleur
C’est l’un des enseignements les plus importants de ce test.
La première fois que j’ai utilisé le 800mm dans les Alpes-Maritimes, sur les bisons, j’étais déçu. De loin, les photos semblaient correctes. Mais à 100 %, elles étaient molles. Pas un petit peu molles : vraiment sans piqué.
Mon premier réflexe a été de me demander si l’objectif avait un problème. La mise au point était confirmée. La vitesse était correcte. La stabilisation était active. Et pourtant, tout était flou.
En réalité, le problème ne venait pas de l’objectif. Il venait de l’air.
À 800mm, vous ne photographiez pas seulement un bison à 60 m. Vous photographiez aussi les 60 m d’air entre vous et le bison. Quand cet air est chauffé par le soleil, notamment au-dessus d’un sol chaud, il ondule. Il crée des turbulences. Et ces turbulences détruisent le piqué.
Aucune lentille au monde ne corrige ça. C’est une limite physique. Elle existe avec toutes les longues focales, quelle que soit la marque, mais plus la focale est longue, plus le phénomène devient visible. À 400mm, on peut déjà le voir. À 600mm, encore plus. À 800mm, ça peut ruiner une session.
Les parades sont simples en théorie :
- photographier tôt le matin ;
- photographier le soir ;
- éviter le plein cagnard ;
- éviter de viser au ras d’un sol surchauffé ;
- préférer parfois une position un peu plus haute, même si l’angle est moins joli.
Sur certains portraits de bisons, les images prises plus haut étaient plus nettes que celles prises au ras du sol. L’angle était moins immersif, mais je traversais moins de turbulence proche du sol.

Si vous testez un 800mm en pleine chaleur, à Marseille ou en Camargue l’été, et que vos photos sont molles, ce n’est pas forcément l’objectif. C’est peut-être simplement la physique. La limite de cet objectif à midi, ce n’est pas son piqué. C’est l’atmosphère.
Bokeh, flou d’arrière-plan et rendu PF
Le bokeh est l’un des points les plus nuancés de ce test. Si vous me suivez, vous savez que j’aime beaucoup Nikon pour son rendu, ses couleurs, mais aussi pour ses flous d’arrière-plan assez crémeux.
Avec une lentille PF, il faut accepter un compromis.
Dans les bons cas, le rendu est très joli. Si le fond est loin, si le sujet est bien séparé de l’arrière-plan, le 800mm compresse tellement les perspectives que le fond devient doux, parfois presque uni. Dans ces situations, f/6.3 ne pose pas de gros problème et les images peuvent être très belles.
Mais si le sujet est proche d’un fond chargé, notamment de la végétation, le rendu devient moins agréable. Le flou peut devenir nerveux, le fond garde trop de contraste, l’image perd en lisibilité et le sujet se détache moins bien.
Avec les spéculaires, c’est encore plus visible. Au lieu d’avoir des billes de bokeh douces et crémeuses, on peut obtenir des ronds très nets, très marqués, pas forcément très élégants.

Ce n’est pas inutilisable. Ce n’est pas un défaut qui détruit l’objectif. Mais c’est le compromis PF : on gagne en poids, en portabilité et en piqué, on perd une partie de la signature douce et crémeuse de certaines optiques Nikon plus lourdes et plus lumineuses.
Contre-jour et artefacts PF : le prix des 2,4 kg
Autre point lié à la lentille PF : les artefacts en contre-jour. Une lentille PF est une lentille gravée, basée sur de la diffraction. Cette technologie permet de réduire le poids, mais elle peut produire des artefacts particuliers quand une source lumineuse forte arrive dans l’axe.

Concrètement, en contre-jour, on peut voir apparaître :
- des flares moins propres ;
- des traits colorés ;
- un voile autour de certaines sources ;
- des spéculaires moins esthétiques.
Ce n’est pas présent tout le temps. Avec un 800mm, l’angle de champ est très étroit. Il suffit parfois de bouger légèrement le cadrage pour sortir le soleil de l’axe et faire disparaître une partie du problème.
Mais il faut le savoir. Le pare-soleil est obligatoire. Et si votre pratique repose beaucoup sur des contre-jours forts, du soleil rasant dans l’axe, des reflets sur l’eau ou des plans à l’aube avec spéculaires, il faut intégrer cette limite.
Ce n’est pas un défaut de fabrication. C’est une limite de naissance de la technologie PF. Encore une fois : le prix des 2,4 kg.
Distance minimale de mise au point : 5 m, pas de proxy
La distance minimale de mise au point est de 5 m. Le grossissement maximal est de 0,16x. Autrement dit : ce n’est pas un objectif de proxy.
Si vous êtes en affût en Camargue et que les oiseaux ne sont pas là, mais que vous avez des libellules partout autour de vous, ce 800mm ne servira pas à grand-chose pour les photographier. Vous ne pourrez pas non plus faire facilement des fleurs ou des insectes proches.
Dans l’absolu, ce n’est pas vraiment un problème. Personne n’achète un 800mm pour faire de la proxy photo. Mais sur le terrain, il y a des situations frustrantes.
Si un oiseau se pose à 4 m de vous, dans une lumière magnifique, avec un potentiel de portrait incroyable, vous ne pourrez pas faire la mise au point. Il faudra reculer, si c’est possible, ou renoncer. Ça m’est arrivé. Il y avait moyen de faire une image superbe, mais le sujet était trop proche.
En affût, si vous voulez couvrir les sujets proches, ça peut valoir le coup d’avoir un second boîtier avec un objectif plus court, par exemple un 100-400mm.
800mm fixe : une focale difficile à utiliser en billebaude
Il y a une autre difficulté dont on ne parle pas assez : 800mm fixe, c’est dur à utiliser.
Avec un 180-600mm, ma méthode est simple. Je commence à 180mm, je vois large, je trouve mon sujet, je l’accroche, puis je zoome jusqu’à 600mm pour faire la photo.
Avec le 800mm, impossible de dézoomer. Dès que vous mettez l’œil dans le viseur, vous êtes déjà dans un champ très serré. Si le sujet bouge, si vous venez de le voir à l’œil nu, si vous devez lever l’appareil rapidement, vous pouvez passer plusieurs secondes à chercher où il est.
Et en animalier, quelques secondes, c’est parfois toute l’action.

En affût, c’est moins gênant. Vous avez repéré la scène, vous savez où le sujet risque d’arriver, le cadrage est anticipé. En billebaude, c’est beaucoup plus exigeant. Vous marchez, vous voyez un oiseau, vous levez le boîtier, et là vous avez directement une image très zoomée, parfois floue, sans contexte autour. Il faut retrouver le sujet, accrocher, suivre.
Les premiers jours, j’ai galéré. J’ai raté des actions. J’ai cherché mes sujets dans le cadre. J’ai eu de la frustration. Et c’est normal.
Un 800mm fixe demande une courbe d’apprentissage. Ce n’est pas l’optique que l’on maîtrise en dix minutes si l’on vient d’un zoom plus polyvalent. Une fois qu’on commence à comprendre comment l’utiliser, les images peuvent être magnifiques. Mais il faut accepter les ratés au début.
Téléconvertisseur Nikon TC 1.4x : bonne surprise sur focale fixe
J’ai aussi testé le téléconvertisseur Nikon TC 1.4x avec ce 800mm. C’était important, parce que j’avais déjà testé les TC Nikon sur la chaîne, notamment sur des zooms comme le 70-200, le 100-400 et le 180-600, et mon avis était très mitigé.

Beaucoup de commentaires m’avaient dit que le test était biaisé, parce qu’un téléconvertisseur donne de meilleurs résultats sur une focale fixe que sur un zoom. J’ai donc demandé à Nikon de me prêter le TC 1.4x en plus du 800mm.
Premier point : en poids et encombrement, ça ne change quasiment rien. Sur un ensemble aussi gros, quelques grammes de plus ne changent pas l’équilibre général.
Deuxième point : l’ergonomie reste identique. Troisième point : l’autofocus ne m’a pas semblé vraiment dégradé. Je n’ai pas noté de différence flagrante dans la détection ou la vélocité. Sur le terrain, ça reste très utilisable.
Quatrième point : le piqué baisse un peu. On voit une légère perte de qualité, surtout sur mire ou en regardant les fichiers de près, mais ce n’est pas une perte rédhibitoire. En conditions terrain, le résultat reste très acceptable.
Conclusion : sur ce 800mm fixe, le TC 1.4x est intéressant. Il permet de passer à 1120mm. Et en mode DX, on peut aller chercher un équivalent autour de 1680mm.
Ce n’est pas pour tout le monde, mais si votre pratique demande vraiment cette portée, je n’ai pas vu de contre-indication majeure. Mon avis sur les téléconvertisseurs reste donc nuancé : sur les zooms, prudence ; sur une très bonne focale fixe, ça peut vraiment fonctionner.
Utilisation vidéo du Nikon Z 800mm f/6.3 VR S
En vidéo, ce 800mm est à la fois pénible et fascinant. Pénible parce qu’il est difficile à stabiliser à main levée. Fascinant parce que l’angle de vue est unique.
Quand vous filmez avec 800mm, vous pouvez aller chercher des détails que vous ne pourriez pas capturer autrement : des animaux lointains, des mouvements fins, des textures, des plans d’insert. C’est très fort.
Le focus breathing est très faible, quasiment imperceptible dans mes essais. C’est important, parce qu’à 800mm, un gros focus breathing serait vite visible et désagréable.
Le plus intéressant, pour moi, c’est l’utilisation en slow motion. En ralentissant, on rend les plans plus stables et plus lisibles. On peut capturer de très courtes séquences, une ou deux secondes, sans forcément sortir un trépied ou ajouter un filtre ND.
Pendant ce test, beaucoup de plans vidéo ont été faits à main levée, sans filtre ND, parfois en fermant un peu l’ouverture.
Ce n’est pas une optique vidéo polyvalente. Mais pour des inserts animaliers très longs, des ralentis, des détails impossibles à obtenir autrement, elle apporte quelque chose de vraiment spécial.
Ma recommandation terrain : si une scène s’y prête, passez rapidement en vidéo, faites de petites rafales vidéo courtes, et évitez de multiplier les manipulations. En animalier, chaque manipulation peut faire fuir le sujet.
Prix du Nikon Z 800mm f/6.3 VR S : cher, mais à comparer correctement
Le prix pique. Le Nikkor Z 800mm f/6.3 VR S coûte environ 7 300 €, même si on peut le trouver régulièrement autour de 6 500 € en promotion. Ça reste une somme énorme.
Mais dans le monde des super téléobjectifs, il faut comparer correctement.
Face au 400mm f/2.8 avec téléconvertisseur intégré, le 800mm est beaucoup moins cher. Mais ce ne sont pas les mêmes usages. Le 400mm f/2.8 est fait pour la basse lumière, le bokeh, la qualité maximale, avec la possibilité de passer à 560mm. Le 800mm PF, lui, est fait pour la portée pure, surtout pour quelqu’un qui marche.

Le 800mm PF fait à peu près la même taille que le 400mm 5.6
La comparaison la plus directe, c’est l’ancien 800mm f/5.6 en monture F. On était autour de 21 800 €, avec environ 4,6 kg. Le nouveau 800mm PF pèse presque deux fois moins lourd et coûte environ trois fois moins cher. Dans ce cadre, il devient presque abordable. Presque.
Mais si on le compare au Nikon 180-600mm, la question devient plus violente. Le 180-600mm coûte autour de 1 900 €. Il zoome. Il va déjà jusqu’à 600mm. Et la différence entre 600 et 800mm n’est pas toujours aussi énorme qu’on pourrait l’imaginer.
On peut donc se demander si les 200mm de plus justifient un écart de plusieurs milliers d’euros. La réponse dépend de votre niveau d’exigence.
Le 800mm offre :
- un meilleur piqué ;
- une focale fixe spécialisée ;
- un autofocus plus véloce ;
- une qualité globale supérieure ;
- une vraie portée native.
Mais le 180-600mm reste un rapport qualité-prix incroyable.
Je vois plutôt la gamme comme ça :
- si vous voulez le meilleur rapport qualité-prix, prenez le 180-600mm ;
- si vous vous sentez limité par 600mm et que vous voulez marcher avec une très longue focale, regardez le 800mm PF ;
- si vous voulez le rendu ultime, la basse lumière et le bokeh sans compromis, regardez le 400mm f/2.8, mais préparez le budget.
À qui s’adresse le Nikon Z 800mm f/6.3 VR S ?
Conclusion : ce 800mm est excellent. Mais je ne vais pas l’acheter. Et c’est justement ce paradoxe qui résume bien l’objectif.

Nikon propose aujourd’hui plusieurs longues focales pour l’animalier. Dans les focales longues mais encore relativement polyvalentes, on retrouve par exemple le 100-400mm, le 400mm fixe ou le 400mm f/2.8. Dans les très longues focales, on retrouve le 180-600mm, le 600mm f/6.3 PF et ce 800mm f/6.3 PF.
J’utilise beaucoup le 100-400mm, que j’adore malgré ses défauts. J’utilise aussi le 180-600mm, que j’adore également, mais dont je connais les limites à 600mm. J’étais donc très curieux de tester ce 800mm. Et je n’ai pas été déçu.

Le piqué est excellent. Le poids est impressionnant pour la focale. L’ergonomie est globalement très bonne. L’utilisation à main levée est réelle. Le TC 1.4x fonctionne bien.
Mais attention : il ne conviendra pas à tout le monde.
Premier problème : c’est une focale fixe de 800mm. Trouver son sujet est difficile, surtout en billebaude. Si vous venez d’un zoom, il faudra vous adapter.
Deuxième problème : 800mm demande une atmosphère calme. En pleine chaleur, en Camargue ou à Marseille, la turbulence de l’air peut détruire le piqué. Ce n’est pas un problème d’objectif, c’est un problème de physique.

Troisième problème : f/6.3 limite l’utilisation en basse lumière. Si vous photographiez souvent en sous-bois, au lever du jour, au brame du cerf ou dans des ambiances très sombres, il faudra monter en ISO et accepter les limites de l’optique.
Faut-il acheter le Nikon Z 800mm f/6.3 VR S ?
Ce 800mm s’adresse d’abord aux gens qui peuvent mettre environ 7 000 € dans une optique. Voilà, ça calme déjà une partie du débat.
Plus sérieusement, il s’adresse aux ornithos exigeants, aux photographes animaliers réguliers, à ceux qui pratiquent vraiment souvent, au moins une fois par mois, et qui ont besoin d’aller au-delà de 600mm.
Il peut convenir en affût. Il peut convenir en billebaude. Mais il demande de la technique, de l’habitude et une vraie pratique.
Il ne s’adresse pas :
- aux photographes animaliers occasionnels ;
- à ceux qui sortent deux ou trois fois par an ;
- à ceux qui photographient souvent en sous-bois ;
- à ceux qui veulent un seul objectif polyvalent ;
- à ceux qui ne se sentent pas limités par 600mm.
Dans ces cas-là, le Nikon 180-600mm sera souvent un meilleur choix. Il coûte beaucoup moins cher, il est plus polyvalent, il zoome, et il suffit largement à beaucoup de pratiques.
Le Nikon Z 800mm f/6.3 VR S est peut-être le meilleur 800mm que Nikon ait fait pour marcher.
Est-ce qu’il est fait pour moi ? Non.
Est-ce que j’ai quand même adoré l’utiliser pendant ce test ? Oui.
Et c’est ça qu’il faut retenir : il n’y a pas de mauvaises optiques dans cette gamme. Il y a seulement des optiques qui correspondent, ou non, à votre manière de photographier.
Un test de terrain qui n’a pas été aussi simple que prévu
Au départ, cette vidéo devait être simple : prendre le 800mm, aller photographier des bisons, tourner un facecam, et boucler ça rapidement. Évidemment, ça ne s’est pas passé comme prévu.
Il a fallu se lever tôt, composer avec la chaleur, refaire des images, accepter les plans ratés, comprendre que certaines photos molles ne venaient pas de l’objectif mais de l’air, et apprendre à utiliser une focale fixe de 800mm en conditions réelles.

C’est aussi pour ça que ce test m’intéresse. Le Nikkor Z 800mm f/6.3 VR S n’est pas seulement une belle fiche technique. C’est une optique qui oblige à réfléchir à sa manière de photographier : la distance, le poids, la lumière, le support, la météo, la patience, le type de sujet, et même la façon de respirer au moment de déclencher.
Et c’est probablement ce qui le rend aussi intéressant : ce n’est pas un objectif qui rend l’animalier facile. C’est un objectif qui rend possible une pratique du 800mm qui était beaucoup moins réaliste avant lui.









