Mon retour d’expérience sur la RED Komodo face à la Nikon Zr
La RED Komodo me faisait clairement de l’œil. Après deux vraies productions face à ma Nikon Zr, voilà pourquoi je ne suis pas encore prêt à basculer.
Depuis le rachat de RED par Nikon, la question me trottait sérieusement dans la tête : est-ce qu’une RED Komodo peut remplacer un mirrorless comme la Nikon Zr dans ma pratique de vidéaste ?
Sur le papier, tout semblait pousser dans ce sens. Une caméra cinéma reconnue, une image plus « pro », du global shutter, une connectique sérieuse, une logique de plateau plus ambitieuse. En gros, tout ce qui fait fantasmer quand on vient du monde mirrorless et qu’on commence à vouloir des workflows plus costauds.
J’ai donc profité d’un prêt pour utiliser la Komodo sur deux vraies productions. Pas sur des plans faits juste pour YouTube. Pas sur un test de laboratoire. Sur une pub et sur un clip, avec de vrais enjeux, de vraies contraintes et des moments où une caméra doit soit vous aider à travailler, soit vous ralentir.

Utilisation de la Red Komod-X sur le tournage d’un clip de Métal.

Utilisation de la Red Komod-X sur le tournage d’une publicité.
Et la conclusion est plus intéressante qu’un simple « c’est mieux » ou « c’est moins bien ». La RED Komodo est une vraie caméra cinéma, avec tout ce que ça a de noble, et tout ce que ça a de pénible.
RED Komodo vs Nikon Zr : la vraie différence commence avant même de tourner
Le premier choc n’a rien à voir avec le rendu d’image. Il arrive avant même le premier plan. Une Komodo sortie du sac, ce n’est pas une caméra prête à tourner. C’est un cube. Pour l’allumer, il faut lui ajouter une batterie. Pour cadrer, il faut lui coller un écran. Pour la contrôler correctement, il faut souvent lui ajouter encore un moniteur pensé pour ça. Autrement dit, avec la Komodo, la préproduction prend tout de suite beaucoup plus de place.

La RED Komodo-X, c’est un cube.
C’est un basculement assez violent quand on vient d’un boîtier comme la Nikon Zr. Un mirrorless, même quand il a ses défauts, reste un outil qu’on peut sortir du sac, allumer, cadrer et mettre en route presque immédiatement.
La Komodo, elle, vous oblige à penser le rig avant de penser les images. Et surtout à penser ce rig en fonction de la production.
- Est-ce que vous partez sur une configuration lourde, posée, avec monitoring, follow focus et assistant ?
- Ou est-ce qu’il vous faut au contraire quelque chose de plus compact, plus mobile, plus réactif ?
- Et surtout : combien va vous coûter tout ce qu’il manque encore pour rendre la caméra vraiment exploitable ?
Parce que c’est là que le fantasme RED commence à rencontrer le mur du réel. Une Komodo n’est pas vraiment un achat à 7 500 €. Dans les faits, entre la cage, l’alimentation, le monitoring, les poignées, les accessoires et tout ce qu’il faut pour simplement l’utiliser confortablement, on se rapproche plutôt d’un investissement qui flirte avec les 15 000 €. Et là, ce n’est plus seulement votre chef op qui réfléchit. C’est votre comptable qui commence à tirer la tronche.
Préproduction et rigging : deux configurations, deux usages, beaucoup de matos
Sur les deux productions que j’ai faites, j’ai utilisé deux rigs très différents. C’est important, parce que cela montre bien que la Komodo n’est pas condamnée à devenir un tank, mais qu’elle ne vous épargne pas pour autant la question du rigging.
Le rig lourd pour la pub
Sur le tournage pub, la caméra n’a été utilisée que sur pied ou sur slider. On a donc pu se permettre de l’alourdir sérieusement avec un rail, des poignées, un DJI Transmission et des optiques cinéma DZO Vespid. Et qui dit optiques cinéma dit focus manuel, donc on a ajouté un Nucleus pour gérer le point à distance. Au final, on se retrouve avec un vrai gros bébé, parfaitement cohérent pour une prod posée, mais clairement très loin de l’idée de spontanéité qu’on associe à un mirrorless.

La Komodo-X entièrement rigguée.
Le rig léger pour le clip
Sur le clip, le besoin était différent. Il fallait plus de mobilité, plus de souplesse, moins d’inertie. On a donc laissé tomber la grosse poignée, les rails et les optiques manuelles, pour repartir sur quelque chose de plus compact avec des objectifs autofocus Nikon Z. C’est évidemment plus vivable, mais même dans cette version allégée, la Komodo ne devient jamais un mirrorless déguisé. Elle reste une caméra qui a besoin d’être pensée, montée et entourée.

La Komodo-X dans un configuration plus légère.
Le vrai enseignement de ces deux configs, c’est que j’ai quand même dû appeler Yann pour désosser sa Komodo et récupérer sa cage et tous ses accessoires. Cela résume assez bien le sujet : si vous achetez une RED, il faut accepter que le boîtier seul n’est qu’une petite partie de la dépense.
Connectique : la Komodo parle la langue du cinéma, pas celle des petits boîtiers
Sur la partie connectique, en revanche, la Komodo fait tout de suite plus sérieux qu’un mirrorless. Le SDI remplace le HDMI, et rien que ça, pour moi, c’est déjà un argument très concret. Le SDI est plus robuste, plus fiable, mieux verrouillé et beaucoup plus rassurant sur un plateau. On oublie tout de suite la petite connectique fragile qu’on manipule avec des pincettes sur certains hybrides.
Et ce n’est pas tout. Pour l’audio, la sortie reste en jack, mais l’entrée passe par un port ODU 5 broches. Plus robuste, plus sécurisé, compatible avec une alimentation fantôme. On trouve aussi un port ODU 9 broches pour les accessoires RED ou le timecode, ainsi qu’une alimentation 6 broches bien plus sérieuse qu’un simple USB-C. Le port USB-C existe quand même, mais il sert surtout à la data et au contrôle IP, pas à faire semblant que la caméra a été pensée comme un boîtier grand public.

Les connectiques disponibles sur la Komodo-X.
Dans l’absolu, c’est excellent. On sent tout de suite qu’on est sur une caméra conçue pour des tournages plus lourds, pour des flux plus rigoureux, pour des conditions où l’on branche, débranche, sécurise et fiabilise tout autour du boîtier. Et si vous avez déjà un écosystème un peu solide, il y a quand même de la mutualisation possible : cartes CFexpress type B, batteries V-Lock, monitoring SDI.
Ergonomie sur le terrain : la Komodo vous demande de travailler autour d’elle
Sur le terrain, la différence entre la Komodo et un mirrorless saute au visage. Un hybride moderne cherche généralement à vous laisser tranquille. Vous l’allumez, vous cadrez, vous faites un réglage rapide, vous repartez. Il y a une forme d’évidence dans l’usage. Même quand il a des défauts, il essaie de rester du côté de l’opérateur.

L’équipe de tournage autour de la caméra.
La Komodo, elle, fonctionne autrement. Elle vous demande de penser votre setup en amont, d’accepter certains protocoles, de ralentir à certains moments, et surtout de travailler autour d’elle plutôt que de lui demander de s’adapter à vous. Sur une production préparée, avec du temps, des accessoires et une équipe cohérente, cette rigueur peut devenir une force. Mais dès que vous êtes seul, ou en petite équipe, et qu’il faut improviser, bouger vite, changer de config sans perdre de temps, la logique Komodo devient franchement fatigante.
Poids, encombrement et équilibre
Une Komodo bien montée est plus grosse, plus lourde et surtout plus engageante qu’un setup mirrorless. En contrepartie, l’ensemble peut être très bien équilibré.
Avec un saddle bag, c’est même franchement agréable. À main levée, sur de courtes périodes, cela fait le travail. Mais dès qu’il faut tenir la caméra longtemps à bout de bras, bouger vite ou chercher un peu de spontanéité, la différence redevient immédiate.

Ici, la caméra est utilisée sur un Saddle Bag.
C’est exactement pour cette raison que, sur certains plans très mobiles, j’ai préféré reprendre la Zr.
Autofocus RED Komodo : oui, il existe, mais non, il ne joue pas dans la même cour
L’autofocus était probablement l’un des points sur lesquels j’avais le plus d’attentes. Après le rachat de RED par Nikon, on a eu une nouvelle version de la Komodo avec un vrai autofocus. Avant ça, les premières Komodo avaient déjà un AF, mais quelque chose de franchement embryonnaire, à peine plus convaincant que les premiers DSLR vidéo. Forcément, j’espérais une vraie montée en gamme.
Dans les faits, la Komodo a bien une détection de visage, et dans de bonnes conditions elle peut faire le job. Mais dès que la lumière baisse ou que la situation se tend, on retombe très vite sur quelque chose de beaucoup moins rassurant qu’un mirrorless moderne. En longue focale, avec un 70-200 mm f/2.8 Nikon par exemple, j’ai parfois eu l’impression qu’elle ne comprenait plus rien.
Et le problème n’est pas seulement la qualité brute de l’AF. C’est aussi sa logique d’utilisation. Pour activer ou paramétrer certaines fonctions, il faut passer par des menus et sous-menus. Donc sur le terrain, pour moi, c’est presque comme si la fonction n’existait pas. Si l’on veut éviter de passer sa vie dans les menus, il faut assigner ces comportements aux rares boutons personnalisables, ou aux boutons Fn des objectifs Nikon quand ils en ont.
Ce qui donne des manipulations absurdes du type :
- une demi-pression pour déclencher une première étape,
- puis un second appui pour activer la détection de visage.

Le bouton REC que j’utilisais pour activer l’AF.

Et le bouton personnalisé pour activer la détection des visages.
Là où un mirrorless bien configuré vous donne ça sous la main, la Komodo vous donne toujours l’impression de faire une manip de trop. Sur le terrain, ce n’est pas juste moins agréable : c’est moins efficace.
À cela s’ajoute un vrai manque ergonomique : l’absence de joystick pour déplacer rapidement la zone AF. C’est un détail qui n’en est pas un. Sur un mirrorless, ce joystick est souvent l’un des points les plus importants pour travailler vite.
Sur la Komodo, il faut déplacer la zone via l’écran tactile.
Sur une config posée, passe encore. Sur un tournage nerveux où le sujet bouge dans le cadre, cela devient franchement pénible. Pour être honnête, cet AF m’a davantage rappelé celui d’un Z6 première génération que celui d’un boîtier Nikon récent. Et ce n’est pas un compliment.
ISO, bruit et tolérance de l’image : la Komodo n’est pas si indulgente
Sur l’ISO et la gestion du bruit, le constat est plus rude que ce que j’imaginais. La Komodo a une vraie base ISO à 800, et dès qu’on commence à monter au-dessus, le bruit arrive assez vite. C’est particulièrement visible sur le clip de Ghetto Paradise, tourné dans une ambiance sombre avec lasers et projection sur toile holographique. Là, on n’avait pas le luxe d’inonder le plateau de lumière, et la caméra a vite montré ses limites dans les basses lumières.

Avant / Après l’utilisation du denoiser de DaVinci Resolve.
Oui, le bruit se récupère plutôt bien dans DaVinci Resolve. Sur ce point, j’ai même été agréablement surpris. Mais cela a un coût : denoise plus poussé, rendu plus lourd, machine qui chauffe, temps de calcul qui s’allongent. Mon conseil est donc très simple : si vous tournez en Komodo, prévoyez de la lumière. Il vaut mieux assombrir ensuite en post que de vouloir sauver une image trop sous-exposée. La Komodo est excellente dans les hautes lumières, mais dans les tons sombres, elle devient vite moins généreuse que ce qu’on pourrait attendre d’une caméra à ce prix.
Protocoles de plateau : la Komodo ressemble parfois à l’administration française
Le point qui m’a le plus marqué, ce n’est pas une faiblesse d’image, c’est une accumulation de procédures. Pas des procédures compliquées intellectuellement. Des procédures chiantes. Des petites étapes en plus, partout, tout le temps, qui finissent par vous rappeler que vous n’êtes plus du tout dans un usage mirrorless.
Chauffe du capteur et black balance
D’abord, il y a l’allumage. On n’est pas sur un petit boîtier qu’on sort du sac et qui est prêt en deux secondes. Il faut laisser la caméra démarrer, monter à sa température de travail, stabiliser son capteur. Et si vous voulez faire les choses proprement, il faut ensuite lancer un black balance, cette calibration que la caméra fait dans le noir pour mesurer son bruit de fond et partir avec une base propre. Sauf que ce black balance n’est pas automatique, qu’il faut le relancer quand la caméra le demande, et qu’il faut aussi le refaire si la température du plateau change fortement. En intérieur climatisé, puis dehors en plein cagnard ? Recalibration.
Deux ou trois minutes, sur le papier, ce n’est rien. Sur un plateau, c’est long. Sur une prod posée, cela se gère. Sur un tournage nerveux, c’est tout de suite plus frustrant. Très clairement, cela pousse à faire quelque chose qu’on fait rarement avec un mirrorless : allumer la caméra très en avance, puis éviter de l’éteindre. En gros, la Komodo s’allume le matin et ne s’éteint presque plus, sauf pour changer la V-Lock.
Éjection de la carte mémoire, comme sous Windows
La carte mémoire raconte la même histoire. Sur un hybride, on ouvre, on retire la carte, terminé. Sur la Komodo, il faut d’abord l’éjecter proprement dans le menu, comme une clé USB sous Windows. Sur le fond, cela se défend : on laisse le temps à la caméra de finir ses opérations d’écriture, de vider ses buffers et de ne pas corrompre les rushs. Très bien. Mais encore une fois, c’est une étape de plus.
First Out, Last In
Et le plus beau symbole de cette logique, c’est probablement le SDI. Pour brancher un moniteur externe, on pourrait naïvement croire qu’il suffit de brancher le câble.
Bien sûr que non ! L’ordre d’allumage compte. Il faut d’abord alimenter la caméra, puis le moniteur, puis brancher le SDI. À l’extinction, on fait l’inverse. Sinon, on risque de court-circuiter un port, ce qui calme tout de suite quand on a le prix de la caméra en tête. Pour être honnête, je n’étais tellement pas à l’aise avec ce protocole que j’ai laissé Yann gérer cette partie. Lui travaille sur RED depuis des années, moi pas.
La meilleure image que j’ai trouvée pour résumer cette logique, c’est que la Komodo ressemble parfois à l’administration française. Vous voulez faire un truc simple, mais avant il faut suivre la procédure, remplir le formulaire B6, l’envoyer en trois exemplaires au bureau D74, accessible uniquement les jours impairs par nuit de pleine lune. C’est caricatural, mais pas tant que ça. Avec la Komodo, on évite de manipuler la caméra à la volée. On s’adapte à son protocole au lieu de lui demander d’être souple.
Menus, boutons, moniteur RED et application mobile : seule elle agace, bien entourée elle respire
La Komodo pousse très loin une logique tactile. Les boutons physiques sont réduits au strict minimum : deux boutons REC, un bouton Menu, trois flèches de navigation et un bouton Fn. C’est tout. Si vous aimez les caméras qu’on pilote à l’instinct, avec plein d’accès directs, ce n’est pas une bonne nouvelle. Changer un réglage ou activer une option à la volée devient vite fastidieux.

Les boutons disponibles sur la Komodo-X.
En revanche, dès qu’on ajoute un RED Monitor DSMC3, tout change. On gagne un grand écran, mais surtout des raccourcis et un vrai confort d’usage. Et cela vaut aussi avec certains moniteurs externes comme les Portkeys, qui peuvent eux aussi simplifier le contrôle de la caméra. Ma conclusion là-dessus est très nette : un moniteur de contrôle n’est pas un luxe sur la Komodo, c’est presque une nécessité.
Si vous utilisez des optiques Nikon, les boutons personnalisables des objectifs et parfois la bague programmable ajoutent aussi un petit supplément d’ergonomie bienvenu. Cela ne transforme pas la caméra, mais cela aide.

L’application RED est très bien pensée.
Enfin, RED propose une application mobile franchement bien pensée. Contrôle complet, retour image, réglages à distance : sur ce point, la Komodo met une vraie rouste à SnapBridge. C’est ce qui rend cette caméra un peu paradoxale. Seule, elle peut être agaçante. Bien entourée, elle devient beaucoup plus agréable à vivre.
Global shutter, capteur Super 35 et retours écran : là, la Komodo rappelle pourquoi elle fait autant rêver
Sur le capteur, la Komodo aligne quand même de très gros arguments. Le premier, et sans doute le plus jouissif, c’est le global shutter. Au lieu de lire l’image ligne par ligne comme beaucoup de capteurs modernes, la caméra lit tout le capteur d’un coup. Et sur le terrain, cela change énormément de choses.
Avec des lasers, de la stroboscopie ou un vidéoprojecteur, c’est un bonheur. Là où certaines caméras se mettent à produire du flicker, des bandes ou des comportements complètement dégueulasses, la Komodo reste propre. Sur les mouvements rapides aussi, le confort est réel : pas de rolling shutter qui tord les verticales et donne l’impression que l’image se liquéfie. Tout reste plus solide. Et une fois qu’on y a goûté, il devient franchement difficile de revenir en arrière.
C’est aussi très appréciable pour les VFX et tout ce qui implique du tracking. Une image non déformée est plus simple à exploiter proprement derrière. Le global shutter n’est pas juste une ligne sexy sur une fiche technique. C’est un vrai confort de tournage, parfois même un filet de sécurité.
Autre point structurant : la Komodo repose sur un capteur Super 35 en format natif 17/9. En soi, cela a du sens. On parle d’un vrai standard cinéma, avec un immense parc optique derrière. Mais quand on sort d’un usage full frame et 16/9 quasi permanent, cela demande une rééducation. Au cadrage, il faut penser aux guides si la sortie finale est en 16/9. En post, il faut souvent recadrer presque tous les plans pour retrouver le cadre final. Ce n’est pas dramatique, mais c’est encore une gymnastique de plus. Et avec cette caméra, les gymnastiques de plus commencent à s’accumuler.

La différence de ratio entre un format 17/9 et 16/9.
À l’inverse, la gestion des retours écran est franchement très bien pensée. La Komodo permet de choisir finement ce qu’on envoie sur son petit écran, sur le grand moniteur câblé et sur la sortie SDI. On peut donc montrer au client ou au DA une image flatteuse avec une LUT, et laisser au cadreur un écran rempli d’outils : peaking, exposition, infos techniques. En production, c’est un vrai plus. Tout le monde ne regarde pas l’image pour la même raison, et la Komodo a clairement été pensée pour cette logique de travail collective.
Gestion des fichiers : là encore, plus de rigueur, moins de souplesse
La troisième grande claque, c’est la gestion des rushs. Une caméra cinéma, ce n’est pas seulement une autre manière de filmer. C’est aussi une autre manière de gérer les fichiers. Et de ce point de vue, la Komodo continue exactement sur la même logique : plus de structure, plus de méthode, moins de place pour l’improvisation.
Nommage au formatage : une très bonne idée
Il y a d’abord une idée toute bête que j’ai trouvée vraiment intelligente : le nommage des fichiers au moment du formatage. Quand vous formatez une carte, la caméra vous demande comment les rushs doivent être nommés. Ce n’est pas un réglage planqué au fond d’un menu qu’on oublie une fois sur deux. On est obligé d’y penser. Et mine de rien, cela change beaucoup de choses, surtout en multicam. On sait tout de suite d’où viennent les rushs, sur quel boîtier ils ont été tournés, et dans quel ordre ils s’inscrivent dans la journée.
C’est exactement le genre de détail que l’on sous-estime tant qu’on n’a pas déjà passé une soirée à se battre avec des fichiers nommés à l’arrache sur plusieurs boîtiers. Sur un mirrorless, on se retrouve vite avec des clips presque homonymes ou des suites de noms qui se mélangent d’une carte à l’autre. La Komodo vous force à être carré, et pour le coup, cette rigidité vous fait gagner du temps.
Proxies : ici, on oublie les workflows flex
Là où ça se complique, c’est sur la question des proxies. Un boîtier comme la Zr génère des fichiers plus simples à prévisualiser. La Komodo, elle, ne joue pas du tout cette carte. Les rushs ne sont pas exploitables à la volée depuis l’OS comme des fichiers plus classiques. Résultat : pour visionner, dérusher et trier proprement, il faut passer par un vrai logiciel de post-production, typiquement DaVinci Resolve.

Les fichiers sont illisibles par le Finder.
Donc si vous aimez les workflows un peu souples où l’on branche une carte, on parcourt vite fait les plans et on improvise ensuite, oubliez. Avec la Komodo, on décharge proprement, on importe proprement, on organise proprement, puis seulement ensuite on travaille.
Slow shutter : le cas franchement relou
Le comportement des fichiers en slow shutter m’a vraiment laissé perplexe. Si vous tournez un plan non pas à 180° mais à 360°, la caméra enregistre une piste vidéo à 12,5 fps et une piste son séparée. Il faut ensuite modifier la vitesse de lecture à 50 % sur la timeline, puis relier le son à la main. Je n’y vois franchement aucun intérêt pratique, si ce n’est nous compliquer la vie. Peut-être qu’il existe une très bonne raison technique. Peut-être. Mais dans l’usage, c’est surtout relou.

Voilà la manipulation à faire.
Poids des fichiers : enfin une vraie bonne surprise
Heureusement, tout n’est pas négatif sur cette partie. En LQ ou en ELQ, le poids des fichiers reste franchement raisonnable au regard de la qualité récupérée. À une époque où le stockage devient un poste de dépense à part entière, c’est une bonne surprise très concrète.

Les bitrates des différents codecs proposés par la RED Komodo-X.
DaVinci Resolve, R3D et étalonnage : la post-prod est le vrai pain point
La dernière grosse partie, c’est la post-prod. Et c’est probablement là que j’ai pris le plus gros coup de froid. Pas parce que le R3D serait mauvais par nature, mais parce que celui de la Komodo est beaucoup plus exigeant que ce que j’espérais.
Sur mon premier projet, j’ai commencé comme je le fais parfois avec des fichiers plus standards : un CST d’entrée, un CST de sortie, et on travaille dans l’arbre de nodes. Mauvaise idée. L’image réagissait mal, la plage dynamique semblait désastreuse, et certains comportements étaient presque pires que sur du H.264 8 bits bien tenu.

Il n’y a aucune information dans les hautes lumières sur ce plan tourné avec la RED Komodo-X.

En comparaison, l’Alexa Mini fournis bien des onformations dans les hautes lumières.

Et même la Nikon Zr fait mieux !
J’ai donc repris la doc RED, et c’est là que j’ai compris le vrai sujet : avec la Komodo, tout se joue d’abord au niveau du décodage RAW dans le projet.
Resolve doit savoir très tôt dans quel espace couleur et dans quel gamma il interprète l’image. Si cette base est mal posée, tout ce que l’on fait ensuite repose sur une mauvaise fondation. C’est exactement pour cela que mon premier projet était quasiment inétalonnable, alors qu’en configurant correctement la gestion de la couleur et du gamma au niveau du projet, j’ai retrouvé un comportement beaucoup plus sain.

Voilà les réglages à utiliser pour pouvoir étalonner les plans tournés avec le R3D d’un Komodo.

Et ce que ça donne dans le panneau Color de DVR.
La documentation utilisée :
KOMODO Recommended R3D Workflow for Blackmagic Design’s DaVinci Resolve.
Malgré ça, mon ressenti reste dur : le R3D de la Komodo m’a semblé beaucoup moins permissif que celui de la Zr. Et ce n’est pas un problème inhérent aux caméras cinéma, puisque des fichiers Arri, par exemple, réagissent très bien avec une logique de CST bien menée. Là, j’ai vraiment eu l’impression que la Komodo ajoutait une couche de rigidité supplémentaire, presque pour le plaisir d’être reloue.
Sur le clip de Ghetto Paradise, ce sont clairement les fichiers RED qui ont nivelé la qualité de rendu vers le bas. Et c’est ce qui rend le constat encore plus piquant : la Nikon Zr coûte environ trois fois moins cher, et pourtant c’est elle qui m’a donné le workflow le plus simple et parfois les images les plus faciles à emmener là où je voulais.
Mon verdict sur la RED Komodo face à la Nikon Zr
La RED Komodo n’est pas une mauvaise caméra. Très loin de là. Il y a même des choses que j’adore chez elle. Le global shutter devrait devenir la norme tant c’est un confort de travail. Les connectiques sont sérieuses, robustes, verrouillées. Le format du boîtier, une fois bien riggé, est très agréable. Et surtout, on sent qu’on est face à un outil pensé pour une vraie chaîne de travail cinéma, avec plus de rigueur, plus de méthode et une exigence globale bien supérieure à celle d’un mirrorless.
Mais c’est justement ça, le cœur du sujet. La Komodo ne vous facilite pas la vie. Elle vous demande d’élever votre niveau de discipline. Elle vous demande de préparer plus, d’anticiper plus, de structurer plus. Et si tout cela est bien maîtrisé, oui, le résultat est là.
Simplement, aujourd’hui, dans ma pratique, ce n’est pas ce que je cherche en priorité. Ce que je veux, c’est un outil rapide, mobile, souple, qui ne me punisse pas à chaque étape du process. Et c’est précisément pour ça qu’utiliser une Komodo devient, dans mon cas, un handicap plus qu’une évolution naturelle.
Je n’aime pas son ergonomie. Je n’aime pas le manque de boutons. Je n’aime pas cette logique procédurale où chaque action semble demander une validation administrative. Et je n’aime pas non plus une partie de son workflow post-prod, que je trouve parfois inutilement rigide.
En revanche, si vous avez déjà un process ultra carré, que vous bossez sur des prods ambitieuses avec une vraie équipe, un rig cohérent et un rendu attendu exigeant, alors oui, la Komodo peut vous faire progresser. Mais si vous avez besoin de rester flex, rapide et adaptable, je ne pense pas que ce soit aujourd’hui le meilleur choix.
La RED Komodo me fait penser à une caméra très américaine dans sa philosophie. Cela se voit dans son design brut, dans ses marquages presque militaires, dans sa manière très frontale d’aborder la technique. Comme l’a très justement dit Mathieu sur l’une de nos dernières prods : quand tu allumes une RED, il y a un aigle avec des M16 qui s’envole. Et honnêtement, ça résume assez bien l’état d’esprit.
De mon côté, je vais donc plutôt attendre. Soit une future Zr plus haut de gamme qui corrige les défauts ergonomiques de la première. Soit une prochaine Komodo qui intégrera davantage l’ADN Nikon. Ou peut-être les deux. Parce que si un jour Nikon réussit à marier la rigueur cinéma de RED avec l’efficacité terrain de ses mirrorless, là, en revanche, cela pourrait devenir extrêmement dangereux pour la concurrence.
Et si vous voulez acheter du matériel chez TRM, dites-leur que vous venez de ma part. J’avais droit à 5 % de commission, mais j’ai préféré les transformer en 5 % de réduction pour vous. Et sur une Komodo bien riggée, croyez-moi, ce n’est pas rien.