Facturation électronique : j’ai refait tout mon process (avec de l’IA)
La réforme m’imposait de changer ma façon de facturer. Autant dire que je ne l’ai pas accueillie avec des fleurs. Puis je me suis dit : tant qu’à devoir tout revoir, autant en profiter pour améliorer le bazar. Voilà comment j’ai reconstruit mon process en une journée, sans renoncer à une seule ligne de ma mise en page.
Le problème : mes factures ne sont pas que des factures
D’abord, l’obligation
Tu ne peux plus y couper. Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit pouvoir recevoir des factures électroniques. Et à partir du 1er septembre 2027, les TPE, PME et indépendants (donc nous) devront les émettre.
Petite précision qui vaut de l’or, parce qu’on te ment beaucoup dessus : ces deux dates ne sont pas la même obligation. En 2026 tu dois être joignable. Pour émettre, tu as un an de plus. Ça change tout : tu as le temps de choisir correctement au lieu de signer dans la panique.
Et une facture électronique, ce n’est pas un PDF envoyé par mail. C’est un fichier structuré qui transite par une plateforme agréée par l’administration. Autrement dit : tu ne maîtrises plus le tuyau.
Sauf que mes devis et mes factures sont des outils commerciaux
Là où ça coince, c’est que je ne considère pas mes documents comme de la paperasse. Ce sont les derniers supports que le client regarde, et ils travaillent pour moi.
Il y a le design, évidemment. Quinze ans que mes devis et mes factures sont composés sous InDesign, avec ma typo, ma grille, mes couleurs. Quand tu vends de l’identité visuelle, envoyer une facture moche générée par un logiciel, c’est te tirer une balle dans le pied. Ton document est ton portfolio.
Mais il y a surtout le contenu, et c’est ce qu’on oublie toujours. Sur une prestation de prise de vue vidéo ou de photo, mon devis liste tout le matériel mis à disposition : les boîtiers, les optiques une par une, les drones, l’éclairage, les modificateurs, la machinerie, les intercoms.

Voilà un exemple de devis que je peux fournir à mes clients.
Ce n’est pas de la décoration. C’est un argument de vente. Le client qui hésite entre deux prestataires voit noir sur blanc ce qu’il achète, et pourquoi ce n’est pas le même métier que quelqu’un qui débarque avec un boîtier et un pied. Cette liste justifie mon prix mieux que n’importe quel argumentaire.
Et j’ai des CGV solides, mises en page pour être lues
Autre morceau : mes conditions générales de vente. Vingt et un articles, qui couvrent la cession de droits, la propriété des fichiers sources, les retours supplémentaires, les retards de livraison, les acomptes en cas d’annulation.
J’y tiens parce qu’elles m’ont déjà sauvé la mise, et parce que je les ai mises en page pour qu’on les lise vraiment : colonnes, hiérarchie, respiration. Des CGV en corps 6 sur un bloc compact, personne ne les lit ; et le jour où ça part en litige, ça se retourne contre toi. Si tu veux comprendre pourquoi ce n’est pas un détail, j’ai écrit sur la gestion des impayés.
Donc : bougon, puis opportuniste
Tu l’auras compris, je n’étais pas enchanté. La perspective de troquer tout ça contre un formulaire en ligne me faisait moyennement rêver.
Et puis j’ai retourné le problème. Ma compta, honnêtement, n’était pas au niveau : justificatifs éparpillés, classement bancal, dépendance totale à mon cabinet pour retrouver une pièce. Tant qu’à devoir tout revoir de force, autant en profiter pour refaire le process en entier ; et y injecter de l’IA pour abattre le travail ingrat.
Spoiler : ça a marché. Et j’ai gardé ma maquette.
Choisir la plateforme agrée (PA) sur le bon critère
Tous les comparatifs classent les plateformes par prix. Aucun ne pose la question qui m’intéressait : puis-je émettre une facture dont je fabrique moi-même le PDF ?
Réponse, après avoir épluché les documentations :
- Tiime l’écrit dans sa FAQ : sa plateforme « n’a pas vocation à être utilisée par d’autres solutions compatibles ». Donc exit celle-là.
- Qonto génère le PDF lui-même : sa documentation d’API ne prévoit aucun champ pour fournir le tien.
- Indy n’expose pas d’API tierce. Donc ici, on ne peut rien faire.
- Pennylane accepte l’import d’un fichier existant et l’emballe au format conforme.
J’ai donc fait le choix de Pennylane, principalement pour son API assez ouverte. Avec elle, j’allais pouvoir :
- convertir mes PDF de facture en factures certifiées
- connecter un ou plusieurs agents IA pour m’aider dans ma gestion comptable.
Mon process aujourd’hui
Avant de te raconter comment on y est arrivés, voilà le résultat. C’est ça qui compte.
Les devis restent chez moi, entièrement
Décision assumée : mes devis ne passent pas par la plateforme. Un devis n’est pas une facture électronique, aucune obligation ne le concerne. C’est un acte commercial, pas comptable.
J’ai quand même testé de le faire passer par l’outil, par acquit de conscience. L’API ne sait pas conserver un PDF fourni pour les devis ; elle génère le sien. Adieu la liste matériel et les CGV mises en page. Donc non : InDesign, export, envoi à la main. Si le sujet t’intéresse, j’ai détaillé ma méthode pour calculer un devis.
Les factures : InDesign, contrôle par l’IA, puis plateforme
Pour les factures aussi j’ai décidé de garder mon template, donc :
- Je compose la facture sous InDesign, comme avant. Rien n’a changé.
- Je passe le PDF à l’IA, qui le contrôle : arithmétique, mentions obligatoires, numérotation, taux de TVA, cohérence avec la fiche client.
- Si c’est bon, elle l’injecte dans la plateforme ; mon PDF est emballé dans un fichier conforme, sans que la mise en page soit touchée.
- J’envoie moi-même, depuis l’interface. L’IA n’a pas la main sur l’envoi, et c’est volontaire.
L’intérêt de ce process est multiple :
- Je garde la main sur le design et donc sur mon identité de marque.
- Je garde mes CGV encapsulées dans le PDF de ma facture
- Ma facture est certifiée par une PA
- J’utilise la PA pour l’envoyer, ce qui me permet d’avoir accès à ces outils bien pratique comme le bouton payer maintenant dans le corps du mail.

Vous pouvez voir que Pennylane accepte mes factures PDF et en crée un XML embed.
Les factures que je reçois : un dossier Dropbox, et c’est tout
Un point douloureux qu’on peut avoir en compta, ce sont les factures fournisseurs.
Surtout si, comme moi, vous avez le GAS et que vous achetez tout et n’importe quoi pour votre activité.
Ici, l’enjeu c’est de pouvoir rapprocher 6 factures par semaine en moyenne aux lignes comptable.
Et ça, ça prend du temps, donc je l’ai optimisé.
Je dépose la facture dans un dossier surveillé. Elle est aspirée, lue, et rattachée à la ligne bancaire correspondante. J’ai déposé onze factures : toutes intégrées en moins de deux minutes, numéros et montants correctement reconnus.

Le dossier que j’ai partagé avec Pennylane.
Et là encore, grâce à l’API de Pennylane, mon agent IA a accès à ces justificatifs et peut faire les rapprochement comptable, tout seul comme un grand :)
Et suite à ça, un autre agent va venir classer ces pièces comptable sur mon disque dur, en archivage au cas où :)
C’est bête à dire, mais c’est ce point-là qui m’a fait le plus de bien. Le vrai sujet d’un freelance, ce n’est pas d’émettre : c’est de ne pas perdre ses justificatifs. J’en parle plus longuement dans comment gérer sa comptabilité quand on est graphiste ou artiste auteur freelance.
Comment on l’a mis en place, étape par étape
Voilà comment j’ai mis ça en place, en une journée montre en main.
Étape 1 : Récupérer ses pièces et les ranger
J’ai commencé par exporter tout ce que mon cabinet détenait : près de 1 400 justificatifs, à plat, sans classement, avec un index en tableur.
Pour info, j’étais avant chez Tiime, et l’export m’a sorti un dossier unique avec toutes les pièces non classées.
Mais il y avait un CSV avec le détail, ce qui m’a sauvé.
L’IA les a triés par année et par nature, pour tout classer sur mon ordinateur.
Le conseil : commence par là, et fais-le avant de résilier quoi que ce soit. Tes pièces, c’est toi qui dois les détenir : l’obligation de conservation de six ans pèse sur toi, pas sur ton comptable.

Mon dossier de sauvegarde comptable sur mon ordinateur.
Étape 2 : Reconstituer un fichier client propre
C’est l’étape que personne n’anticipe, et c’est la plus longue. Avec la réforme, le SIREN de ton client devient obligatoire sur toutes tes factures B2B françaises. Son numéro de TVA aussi, au-delà de 150 € HT.
Et ce SIREN n’est pas décoratif : c’est la clé de routage qui permet à la plateforme de livrer ta facture. Sans lui, elle ne part pas. Avec un mauvais, elle part chez quelqu’un d’autre.
L’IA a croisé mes clients avec l’annuaire officiel des entreprises et m’a sorti un CSV propre de tout ça.
CSV que j’ai pu vérifier à la main, au cas où.
Et là encore, grâce à l’API de Pennylane, mon agent à pu uploader tout seul comme un grand ce CSV dans le PA.
Le conseil : n’accepte jamais un SIREN sur une correspondance approximative. Un identifiant manquant laisse une facture non transmise ; un identifiant faux l’envoie ailleurs. Le second est bien pire.
Étape 3 : Tester sur une vraie facture
Le moment de vérité. J’ai pris une facture réelle (un acompte, deux pages, mes CGV au dos) et je l’ai passée dans le circuit. Puis on a disséqué le fichier produit.
| Contrôle | Résultat |
|---|---|
| Fichier structuré embarqué | présent |
| Profil | EN 16931 (le profil complet) |
| Conformité déclarée | PDF/A-3B |
| Format de page | A4, identique |
| Polices | les cinq mêmes, toutes embarquées |
| Page 2 (mes CGV) | conservée |
| Mise en page | la mienne |
Comment c’est possible ? Parce qu’une facture électronique au format Factur-X, c’est un PDF avec un fichier de données greffé dedans. Les machines lisent les données ; les humains regardent le PDF. Et cette couche visible est libre, rien dans la norme n’impose une mise en page.
Ce que l’IA a fait, et ce qu’elle a raté
Autant être honnête, parce que les retours d’expérience où tout se passe bien m’ennuient : l’IA ne fait pas ma comptabilité. Elle fait le travail ingrat et les recoupements que je n’aurais jamais eu le courage de faire.
Ce qu’elle a très bien fait
Pour ces taches, l’IA a roxXxé :
- Trier et classer 1 400 justificatifs par année, mois et nature.
- Croiser mes clients avec l’annuaire des entreprises et remonter leurs identifiants.
- Éplucher des documentations d’API à ma place sans écrire à un seul service client.
- Et surtout : trouver mes erreurs. Un devis dont le total TTC traînait d’une version précédente. Une facture intracommunautaire sans mention d’autoliquidation. Des trucs qui passent inaperçus jusqu’au contrôle.
Ce qu’elle a raté
Elle s’est plantée plusieurs fois, et de façon instructive.
Elle a d’abord voulu rapprocher mes factures de mes virements par le libellé bancaire. Sauf que je paie souvent le même fournisseur : résultat, une facture de 132 € s’est retrouvée liée à un virement de 3 184 €. Corrigé en appariant sur le montant exact.
Elle a aussi validé l’identité d’un client sur cinq homonymes, faute d’élément pour trancher. Faux positif rattrapé de justesse, et c’est exactement le genre d’erreur qui aurait envoyé une facture chez un inconnu.
La leçon : une règle automatique se vérifie sur ses résultats, jamais sur son intention. À chaque fois, l’erreur a été trouvée en relisant les sorties une par une, pas par le script. Si tu délègues à une machine sans jamais regarder ce qu’elle produit, tu ne gagnes pas du temps : tu déplaces le problème plus loin.
Questions fréquentes
Je suis artiste-auteur, suis-je concerné ?
Oui, dès lors que tu as un SIRET. Le critère est l’assujettissement à la TVA, pas le fait d’en payer : la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » ne dispense de rien. Réception au 1er septembre 2026, émission au 1er septembre 2027. Si tu hésites encore sur ton statut, va lire mon comparatif entre Artiste Auteur et Auto-entrepreneur.
Puis-je vraiment garder ma mise en page ?
Oui, à condition de choisir une plateforme qui accepte l’import d’un PDF existant. Une nuance honnête toutefois : ce qui circule entre plateformes, c’est d’abord le fichier de données. Ton PDF voyage avec lui, mais rien ne garantit que l’outil de ton client l’affiche plutôt que son propre rendu. Ta maquette protège ton archive et les clients qui ouvrent le PDF, pas forcément le service comptable en face.
Et mes clients étrangers ?
Ils n’ont pas de SIREN et n’en ont pas besoin. Pour un client de l’Union européenne, son numéro de TVA intracommunautaire remplace le SIREN ; et n’oublie pas la déclaration européenne de services si tu factures une prestation intracommunautaire. Pour un client hors UE, l’opération sort du circuit entre plateformes.
Faut-il un comptable pour faire tout ça ?
Pour le raccordement et la facturation, non. Pour la déclaration annuelle, ça dépend de ton régime et de ton appétit pour le risque. Ce que j’ai constaté en faisant l’exercice : l’obstacle n’est jamais l’outil, ce sont les justificatifs manquants. Aucun logiciel ne règle ça à ta place.
Ce que je retiens
Je suis parti bougon et j’ai fini content, ce qui n’arrive pas souvent avec une réforme. Pas parce que la facturation électronique serait formidable, mais parce qu’elle m’a forcé à ranger une pièce que j’évitais depuis des années.
Mes devis n’ont pas bougé d’un millimètre, mes factures non plus. Ce qui a changé, c’est tout ce qu’il y avait derrière : le classement, le contrôle, la collecte des justificatifs. Le travail que je repoussais.
Si tu dois retenir une seule chose : tu as jusqu’en septembre 2027 pour émettre. Sers-toi de ce délai pour choisir sur le bon critère, pas sur le prix. Et si ta facture fait partie de ton travail, ce critère c’est : est-ce que je garde ma mise en page ?