Test des PicoMic Pro V3 et du PicoRecorder en conditions réelles
Test des PicoMic Pro de Picogear : des micros ultra discrets pensés pour la vraie prod, avec 32 bits, timecode et jusqu’à 6 pistes audio.
Tout le monde parle des DJI Mic dès qu’il est question de micros sans fil compacts. Mais dès que vous passez sur un vrai tournage, avec plusieurs intervenants et un client exigeant sur son image, les limites de ces solutions créateur de contenu deviennent vite visibles.

C’est précisément là que les PicoMic Pro entrent en jeu. Sur le papier, ils cochent énormément de cases pour un usage pro : discrétion, 32 bits flottant, timecode, multitrack et jusqu’à 6 micros en parallèle. Reste à voir si, sur le terrain, ils tiennent vraiment leurs promesses.
Ça fait maintenant trois ans que j’utilise les Picomics sur mes tournages. J’ai commencé avec les V2, puis les V3, et je les ai poncés sur des interviews, des making of et plusieurs vidéos RETEX de la chaîne.

Les picomics V3 que j’utilisais avant.
Quand Picogear a annoncé cette version Pro, j’étais donc particulièrement curieux de voir s’ils avaient corrigé les frustrations que j’avais sur les générations précédentes.
Petit disclaimer : cet article n’est pas sponsorisé. Picogear m’a envoyé le pack pour test, mais c’est moi qui les ai contactés et qui leur ai proposé ce sujet. Comme d’habitude, je vais donc parler aussi bien des bons points que des limites.
Pourquoi les PicoMic Pro sont plus adaptés qu’un DJI Mic à un tournage pro
Le plus gros argument des PicoMic Pro, c’est leur ergonomie. Chaque micro mesure moins de 5 cm, fait moins de 2 cm de large et ne pèse que 8 g.

Dit autrement : une fois posé sur une veste, une chemise ou un t-shirt, il disparaît presque totalement à l’image.

Et ça, sur de l’interview corpo, ce n’est pas un détail. Les DJI Mic et autres produits du même genre ne posent pas forcément problème à cause de leur qualité sonore, mais à cause de leur form factor. Ils sont gros, visibles, et donnent immédiatement une esthétique “junk content” ou “créateur de contenu”. Sur une production où l’image du client compte vraiment, ça devient très vite un problème.
Avec les Picomics, l’approche est beaucoup plus élégante. Le micro ne ressemble pas à un logo qu’on vous impose dans le cadre. Il se fait oublier, et même quand il reste visible, il s’intègre bien mieux à la tenue. C’est aussi très utile pour mettre les intervenants à l’aise : moins il y a de matériel visible, plus les gens oublient qu’ils sont filmés, et plus ils se détendent devant la caméra.

Le picomic utilisé en interview.

Sur ce plan, le picomics reste discret.
Picogear fournit en plus des covers en tissu disponibles en plusieurs couleurs (bleu, noir, gris, gris foncé et blanc).

La cover blanche qui masque le picomics sur une tenue claire.
Chaque micro est aussi vendu avec des Windjammers blanc et noir :

Si vous utilisez déjà des lavaliers, vous pouvez également brancher un micro externe via l’adaptateur USB-C vers mini-jack fourni. Dans ce cas, le PicoMic devient simplement un émetteur. Ça ouvre des usages très intéressants sans vous forcer à investir dans un kit HF plus lourd et beaucoup plus cher.

Le cable USB-C vers Mini Jack
Des accessoires bien pensés, avec quelques limites
Les micros sont livrés dans une housse de rangement bien plus qualitative que celle des anciennes versions. Elle sert aussi de hub de recharge via USB-C : vous rangez les micros, vous branchez la pochette, et tout recharge automatiquement. C’est simple, propre et très pratique sur le terrain.

La seule vraie limite, c’est que le rangement devient vite serré si vous voulez y mettre en même temps les covers, les windjammers et tous les câbles. Ce n’est pas dramatique, mais sur un setup complet, il faut un minimum d’organisation pour garder quelque chose de propre.
PicoRecorder : pourquoi c’est lui qui transforme le système en vrai outil de production
Les PicoMic Pro ne fonctionnent pas seuls. Tout repose sur le PicoRecorder, et c’est très clairement lui qui fait passer le système d’un gadget malin à un vrai outil de production.

Le PicoRecorder.
Le PicoRecorder gère 6 micros en pistes séparées, en 32 bits flottant, avec en plus deux entrées mini-jack elles aussi en 32 bits. Au total, vous pouvez donc travailler avec 8 pistes distinctes, encapsulées dans un fichier unique, plus un second fichier contenant le mix global. Pour de l’interview multi-intervenants, du making of ou du reportage, c’est extrêmement confortable.

L’écran couleur mat est très lisible et surtout très bien pensé. On voit d’un coup d’œil les niveaux des 6 micros ainsi que le mix général. L’interface est tactile, ce qui pouvait me faire peur sur le papier, vu mon amour très modéré pour les écrans tactiles sur le matos vidéo. Sauf qu’ici, pour une fois, c’est réussi.

Le picorecorder monté sur un RIG vidéo, en utilisation.
La navigation est simple, directe, et surtout accompagnée d’un retour haptique. Quand vous cliquez sur un bouton, quand vous activez une option, quand vous revenez au gain zéro, le PicoRecorder vibre légèrement pour confirmer l’action. C’est exactement le genre de détail qui change tout sur un tournage, parce qu’il vous donne un retour physique fiable sur ce que vous faites.
Honnêtement, sur ce point, Picogear donne une vraie leçon d’ergonomie à une bonne partie de la concurrence. Le tactile n’est pas là pour décorer une fiche marketing. Il est là parce qu’il sert réellement le workflow.
Les limites du PicoRecorder à connaître
Le PicoRecorder dispose bien d’un pas de vis pour être fixé sur un rig, ce qui est une excellente chose. En revanche, il n’y a pas de trou de calage pour les supports type SmallRig avec ergot anti-rotation. C’est un détail, mais c’est le genre de détail qui m’agace un peu sur un accessoire sinon très bien pensé.

Autre point à avoir en tête : l’enregistrement principal se fait sur le PicoRecorder, pas automatiquement sur votre boîtier. Vous devez donc lancer un REC pour le son, puis un REC pour la vidéo. Si vous avez déjà travaillé avec un enregistreur externe, ça ne vous choquera pas. Si vous venez d’un usage plus simple, type micro mini-jack branché au boîtier, il faudra prendre l’habitude.

Timecode des PicoMic Pro : un vrai atout pour un workflow vidéo propre
Le PicoRecorder gère le timecode, et pour moi c’est un point absolument majeur. Dès que vous séparez la prise de son de l’enregistrement vidéo, la synchro peut vite devenir pénible. Ici, le système permet d’injecter un timecode partagé entre votre boîtier et le module audio, ce qui simplifie énormément la post-production.
Sur mon Nikon Zr, ça fonctionne très bien, à condition d’être sur le bon firmware et d’activer l’entrée LTC dans les menus vidéo. Une fois que c’est paramétré, la synchronisation dans DaVinci Resolve se fait très simplement via le timecode. Pour un setup léger, c’est vraiment appréciable d’avoir ce niveau de rigueur sans passer par une usine à gaz.

Le timecode synchronisé sur le Picorecorder et la caméra.
La limite, en revanche, c’est que si vous tournez à plusieurs caméras, vous n’aurez pas ce timecode sur tout le monde sans accessoire complémentaire. Dans ce cas, le clap reste nécessaire. J’aimerais beaucoup voir arriver un module additionnel capable de récupérer un signal type AirGlu pour synchroniser plusieurs boîtiers proprement. Si Picogear sort ça un jour, je serai clairement preneur.
Qualité audio des PicoMic Pro : que vaut vraiment le 32 bits flottant ?
Le 32 bits flottant, pour faire simple, c’est le RAW du son. Ça ne veut pas dire que le micro sonne magiquement mieux, mais ça veut dire que vous gagnez une latitude énorme en post-production. Vous pouvez récupérer plus facilement une prise trop faible, rattraper un niveau mal calé, et sécuriser vos tournages beaucoup plus efficacement.
Évidemment, on ne sera pas sur la finesse d’un micro canon haut de gamme ou d’un lavalier branché dans un préamp Sound Devices. Mais vu la taille des PicoMic, le résultat est franchement impressionnant. J’ai fait des essais avec et sans la cover en tissu : avec la cover, le micro devient quasiment invisible, au prix d’une toute petite perte d’aigus. Sans la cover, le son est un peu plus ouvert. Dans les deux cas, ça reste parfaitement exploitable en interview corpo.
En comparaison avec les DJI Mic Mini, j’aime toujours le rendu un peu plus rond et plus grave des DJI. Les PicoMic, eux, sont un peu plus neutres et un peu plus métalliques dans le haut du spectre. Mais cette différence se corrige très facilement en post-prod. Et comme les PicoMic compensent largement avec leur ergonomie, leur discrétion et tout le reste du système, je trouve l’arbitrage très favorable à Picogear.
Autonomie des PicoMic Pro : peut-on tenir une journée complète de tournage ?
Oui, largement. Sur le papier comme en pratique, l’autonomie est très solide.
- Jusqu’à 20 heures si vous êtes à moins de 2 mètres.
- Environ 10 heures à 10 mètres.
- Environ 5 heures à très longue distance, jusqu’à 700 mètres en ligne de vue.
Dans 99 % des tournages corpo, interview ou événementiels, vous serez très loin d’être dans le pire cas de figure. Côté PicoRecorder, on est autour de 12 heures, donc là aussi vous tenez une vraie journée de production sans stress. Et surtout, la recharge reste extrêmement simple : on range, on branche en USB-C, et terminé.
Dans quels cas utiliser les PicoMic Pro ?
C’est probablement la question la plus importante. Un micro peut être excellent sur une fiche technique et parfaitement inutile dans votre pratique. Ici, au contraire, les PicoMic ont un champ d’usage très large dès lors que vous avez besoin de discrétion, de plusieurs pistes et d’un workflow propre.
Making of et contenu de plateau
C’est l’un des usages où je les aime le plus. Je peux mettre un micro sur le DA, un sur le réalisateur et plusieurs autres sur les assistants. Résultat : j’ai un son beaucoup plus exploitable qu’avec un simple micro canon vissé sur le boîtier, je récupère les discussions naturelles, et j’ai énormément plus de matière en post-production.
Sur du making of, c’est un gain de temps monstrueux. Je n’ai plus besoin de deviner qui parle ni de nettoyer un son d’ambiance dégueu pour essayer d’en tirer quelque chose de correct.
Interviews à plusieurs intervenants
Dès qu’il faut enregistrer deux ou trois personnes en même temps, les PicoMic deviennent très intéressants. Chaque talent a sa piste, le tout en multitrack, dans un seul fichier, sans mélange approximatif. La post-prod reste propre et flexible.
Dans mon cas, je continue à privilégier un micro canon haut de gamme en prise principale quand je veux la meilleure qualité possible. En revanche, je mets très souvent les PicoMic en backup. On parle beaucoup des backups image, mais pas assez des backups son, alors que c’est tout aussi crucial. Pour ça, les PicoMic sont redoutablement efficaces.
Clip, mariage, reportage et documentaire
Sur un clip en playback, ils peuvent aussi rendre service pour garder une référence audio propre et simplifier la synchronisation en post. Sur du mariage, j’imagine très bien un setup avec plusieurs micros répartis entre les mariés, le maître de cérémonie et quelques proches pour récupérer réactions, murmures et petites phrases qu’on n’entend jamais autrement.
Mais c’est surtout en reportage ou en documentaire run and gun qu’ils deviennent, à mes yeux, absolument bangers. Vous posez les micros le matin, vous les récupérez le soir, vous avez jusqu’à 6 pistes voix plus une piste d’ambiance en 32 bits, et les micros restent quasiment invisibles dans les rushs. Pour ce type de prod, c’est un outil extrêmement fort.
Prix des PicoMic Pro : le rapport qualité-prix est-il vraiment intéressant ?
Le pack de départ avec le PicoRecorder et un seul micro est affiché à 299 euros.

Honnêtement, un seul micro ne me semble pas être la configuration la plus pertinente. Le pack Creator avec deux micros et le PicoRecorder monte à 339 euros, ce qui est déjà beaucoup plus intéressant.

Ensuite, chaque micro supplémentaire coûte 70 euros, et le Pro Production Kit avec 6 micros est proposé à 539 euros.


Ce qui complique la comparaison, c’est qu’il n’y a pas vraiment de concurrent direct. D’un côté, vous avez les DJI Mic, moins chers à nombre de pistes comparable, mais avec un design qui les rend beaucoup moins crédibles sur un tournage pro exigeant. De l’autre, vous avez les kits HF plus traditionnels, type Sennheiser, ou des lavaliers de bonne qualité, qui peuvent vite coûter beaucoup plus cher pour moins de souplesse.
Au final, 539 euros pour 6 micros wireless en 32 bits, avec timecode, multitrack et deux entrées supplémentaires, je trouve ça très bien positionné. Et surtout, sur une activité pro, c’est typiquement le genre d’achat qui peut être amorti très vite.
Faut-il acheter les PicoMic Pro de Picogear ? Mon avis après test
Pendant longtemps, Picogear a pris son temps pendant que la concurrence sortait des nouveaux modèles à cadence industrielle. Sur le moment, ça pouvait être frustrant. Aujourd’hui, on comprend beaucoup mieux la logique. Ils n’ont pas essayé de courir derrière le marketing. Ils ont pris le temps de corriger, d’écouter et d’améliorer.
Le résultat, c’est un produit qui dépasse largement la catégorie “micro pour créateur de contenu”. Ce n’est pas un gadget. C’est un vrai outil de production, pensé par des gens qui semblent respecter le travail de ceux qui tournent vraiment.
Ce que j’apprécie le plus, au-delà des specs, c’est l’intention. Picogear n’essaie pas de transformer votre cadre en panneau publicitaire. La marque reste sobre, les micros sont discrets, et tout semble orienté vers une seule question : comment nous faire travailler plus efficacement ?
Alors non, le système n’est pas parfait. J’aimerais un module optionnel compatible AirGlu pour les tournages multicaméra. J’aurais aussi aimé un meilleur système de calage sur rig. Mais très honnêtement, ce sont des réserves mineures face à ce que le produit apporte.
Si vous faites de l’interview, du making of, du reportage, du documentaire ou n’importe quel tournage où vous devez enregistrer plusieurs personnes en restant discret, les PicoMic Pro sont probablement l’une des solutions les plus intelligentes du marché aujourd’hui.
Et quand en plus le tout est pensé et conçu en France, moi, je dois bien avouer que ça me va très bien.